Nouvelles sources d’énergie
samedi 7 février 2009 à 16:34
Beaucoup de monde autour de six invités pour un café-débats consacré aux nouvelles sources d'énergie.

Philippe Chadeyron - Responsable d'Action Planète, programme national d'éconoimies d'energie à EDF, ancien administrateur de la Fondation Nicolas Hulot, homme engagé !
Jean-Marie Gateau - Ex maire de Chiré en Montreuil, président du conseil de surveillance de Sergies, filiale du syndicat d'électricité de la Vienne
Christophe Sauvaire - Artisan en éco-construction (entreprise d'installation d'équipements durables)
Christian-Gérard Cluzeau - Eleveur et porteur d'un projet conséquent de production d'énergie photovoltaïque à domicile
Antoine Linarès - Chef de projet dans la société Eco&mobilité ("la voiture propre") à Chauvigny
Maxime Huille - Professeur de biologie en classe préparatoire aux Grandes Ecoles, à Camille Guérin. Conseiller municipal Modem à Poitiers
Morceaux choisis :
-"Avant d'investir un kopeck dans les énergies nouvelles renouvelables (ENR), il faut toujours regarder si celui-ci ne serait pas mieux investi dans les économies d'énergie".
- "Hélas, il est plus écologiquement correct de défendre les éoliennes ou l'énergie photovoltaïque que d'isoler des bâtiments".
- "Les 50 mesures du Grenelle de l'environnement pour le développement des énergies renouvelables préparent la transition énergétique majeure qui nous attend. Un bémol : il s'agit de faire passer les ENR de 17 à 23 %... Que fait-on pour les 77 % restant ?"
Intervention de Maxime Huile :
L’Europe a intégré dans sa réflexion le problème de l’énergie En France notre politique énergétique n’est qu’une déclinaison des conclusions et recommandations de l’Union européenne.
L’Europe se sait vulnérable énergétiquement, pour différentes raisons : - Bilan énergétique négatif avec une forte consommation d’énergie primaire (-405Mtep/an) qui la place entre les EU et la Chine, nous sommes énergivores. - Une demande mondiale en énergie primaire qui augmente de +1.6% chaque année : la demande qui explose avec pays émergents - Des réserves qu’on sait limitées et dont les voies d’approvisionnement sont vulnérables : 20-40 ans pour le pétrole, 65 ans pour le gaz, 90 et 40 pour l’uranium. Nos enfants verront et vivront la disparition de nos énergies fossiles « modernes » Ne resterait que le charbon avec 500 ans de réserve mais c’est une énergie fossile sale, fortement productrice de CO2.
L’Europe et la France en particulier veulent donc construire dès maintenant leur transition énergétique. Comment ? -En diversifiant et en sécurisant les approvisionnements face au géant gazier russe Gazprom et aux rivalités croissantes sino-américaines. -En développant les NRJ renouvelables et nouvelles. -En mettant l’accent sur l’efficacité énergétique et les économies d’énergie.
Ainsi les 50 mesures du Grenelle de l’Environnement pour le développement des énergies renouvelables va dans l’idée de se préparer à la transition énergétique majeur qui nous attend.
Parmi les 50 mesures, je n’en citerai que quelques unes qui me semblent aller dans la bonne direction :
Il faut savoir qu’en France Sur 100 unités énergétiques consommées 17% proviennent des NRJ renouvelables, l’objectif est de faire passer à au moins 20-23% Bois 9% Hydraulique 5% 1.8 % pour le solaire, la géothermie, l’éolien, les pompes à chaleur, les biocarburants.
Ces NRJ renouvelables et nouvelles sont peu représentées et offrent de bonnes perspectives de développement.
Les Mesures :
1) Mise en place d’un fonds de chaleur renouvelable dès 2009 doté d’1Milliards d’euros qui servira à financer et soutenir le développement des NRJR
2) Planification énergétique des territoires Avec implantation d’une centrale solaire par région dès 2011, de grands parcs éoliens terrestres (densité 60 éoliennes), utilisation des façades maritimes pour des parcs éoliens en mer et terrestres
3) Collectivités territoriales - (région, département, groupements de communes) possibilité de bénéficier de tarifs d’achat de l’électricité produite par NRJR (avant que communes). - définition de secteurs d’urbanisation avec astreintes pour les lotisseurs de bâtir selon les critères de performances énergétiques et d’inclure des solutions intégrant les NRJR
4) Pour les particuliers et professionnels Solaire PV : création d’un tarif d’achat pour les surfaces, bâtiments professionnels à 45 cE/kWh. Maintien à 55 cE/kWh pour les particuliers ayant des petites installations PV de moins de 3kWc. Exonération de TVA et Taxe professionnelle pour ces particuliers. Simplification des démarches administratives en 2 étapes /5 avant.
5) Développement et recherche industrielle Ressources de la mer
Le marché de l’NRJR représenterait en 2012 24 Milliards d’euros. Soit une perspective de plus de 120.000 emplois dans de nombreuses filières.
Cette transition énergétique fera du bien si elle est bien menée : - Caractère décentralisée, - Aménagement des territoires, - Créatrice d’emplois non délocalisables.
Personnes ne semblent aborder jusque là l’autre versant de la politique énergétique : passage de 17 à 23% pour les NRJR. Mais le reste de la consommation soit près de 80% de la consommation ? Personne n’en parle.
Intervention de Philippe Chadeyron :
Quelle source d’énergie pour produire l’électricité
Quelques éléments essentiels
focus sur l’éolien
Quelques notions de base…
- Ne pas confondre « énergie » et « électricité »
- L’électricité ne se stocke pas (encore) ; l’équilibre entre l’offre et la demande s’effectue donc en « temps réel »
- La consommation provient :
o du secteur résidentiel (40%)
o du secteur industriel (environ 30%)
o du secteur tertiaire (environ 30%)
- L’électricité en Europe essentiellement produite à partie des énergies fossiles, puis du nucléaire et de l’hydraulique
- En France, le nucléaire et l’hydraulique tangente à eux deux les 90%, le solde pour le gaz, le fioul, le gaz et les nouvelles énergies renouvelables (ENR), encore marginales.
- Chaque énergie prend sa place dans le système (en France : nucléaire, hydraulique fil de l’eau (rivière) et ENR fonctionnent « en base » ; charbon et fioul en « semie-base » et gaz et hydraulique (barrage) en « pointe ». La base est l’électricité produite en permanence, la pointe est celle qui permet dd’ajuster en temps réel l’offre et la demande ;
- L’Europe et la France ont pris des engagements en matière de « pénétration » des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique (ex : 20% d’énergies renouvelables en Europe en 2020 (ils ne signifient pas grand-chose car ils ne seront pas tenus, notamment parce que la consommation continue à augmenter plus vite : (démographie, usages technologiques…) que la part relative des énergies renouvelables).
Quelques réflexions…
- Toutes les énergies sont utiles (les comportements manichéens, ici plus qu’ailleurs, sont absurdes) !
- Les énergies renouvelables constituent une solution essentielle pour l’avenir du fait :
o de la raréfaction des réserves des autres énergies (uranium compris), même si les réserves augmenteront un peu au fur et à mesure que les prix grimperont (ou vice-versa !) ;
o de l’absence d’émission de CO2 en exploitation (à ne pas confondre avec le bilan CO² qui intègre l’ACV : Analyse de Cycle de Vie)
Mais elles restent encore coûteuses…
- La meilleure des énergies reste celle qu’on ne consomme pas (le plus gros gisement de progrès est bien entendu celui des économies d’énergie (bâtiment en particulier) ;
- L’Europe et la France ne sont plus en situation de sur production
o Les investissements à réaliser en Europe dans les 20 prochaines années s’évaluent en centaines de milliards d’€ (renouvellement du parc vieillissant)
o Les prix de marché (le MWh est coté en Bourse chaque jour) s’inscrivent de fait tendanciellement à la hausse (la baisse actuelle est conjoncturelle) ; forte corrélation entre les prix du pétrole, du gaz et du MWh ! Cette hausse est amplifiée par les contraintes réglementaires liées aux émissions de CO².
- Le fioul doit peu à peu disparaître de la production d’électricité (besoin pour d’autres usages comme le transport)
Point spécifique sur les ENR
Nous avons grand besoin des nouvelles énergies renouvelables !
La meilleure des énergies est l’hydraulique, mais tous les grands gisements sont saturés en France et en Europe.
L’hydraulique représente 89% du total des ENR dans le monde. Le solde :
- l’éolien (terreste et off shore) : 3,5
- le solaire (CESI et PV) : 0,2
- la biomasse : 5,7
- Géothermie : 2
Les analyses de cycle de vie sont bonnes pour l’hydraulique, assez bonne pour l’éolien, très moyennes pour le photovoltaïque… Pour la biomasse, c’est très variable en fonction de la proximité de la ressource énergétique (bois, paille…)
Des pistes prometteuses pour demain : les hydrauliennes (exploitent les courants marins…), les algues (bio-carburant de 3ème génération) , la géothermie profonde…
Point complémentaire sur l’éolien L'énergie éolienne, c'est le nouvel Eldorado du bipolarisme à la française ! Il y a les « Contre » et les « Pour », et pas un jour qui passe sans un article dans les quotidiens de la presse régionale ! Bien souvent, les Pour et les Contre ne savent pas de quoi ils parlent, ou pire, ils occultent les arguments qui contournent le schéma de leur pensée à sens unique ! Avant de rentrer dans le fond, un peu de psychologie « à la petite semaine » : les français adorent se foutre sur la gueule, s'opposer ! C'est tellement plus simple de dire non à l'autre plutôt que de tendre la main pour tenter un compromis...
Sur le Fond, pour ceux pour qui le fond a plus de vertu que la forme…
L'éolien, rapidement, c'est :
- une puissance installée en France de 3 200 MW (sept. 2008), soit l'équivalent de la puissance installée de Civaux dans la Vienne (deux réacteurs nucléaires) ;
- après l'hydraulique, qui reste de loin la meilleure des énergies, l'éolien est la ressource renouvelable qui a le plus le vent en poupe dans le Monde (oui, j'ai osé !) ;
- L'Allemagne, les Etats-Unis, l'Espagne : c'est le trio de tête en terme de puissance installée dans le monde. La France tend à rattraper son retard et se situe autour de la 4e ou 5em place, mais très loin derrière l'Allemagne (22 000 MW) !
- En terme de potentiel de vent, la France se situe au second rang européen (après la GB). Les zones les plus ventées : le Nord Ouest, le Nord-Est, le sud (Langudoc Roussilon en particulier) ;
- une éolienne moyenne en France délivre environ 2 MW de puissance installée. Les dernières générations montent jusqu'à 5 MW. Les projets sur le papier vont de 7,5, voire 10 MW (hauteur de la Tour Montparnasse environ);
- l'éolien off shore permet de s'affranchir d'une partie des problèmes sur terre, mais il en créé d'autres (coût, profondeur des plateaux continentaux...).
Quels sont ses avantages (objectifs) ?
- ressource renouvelable sans émission de CO² ;
- filière industrielle mature qui permet de produire une électricité à un coût "soutenable", surtout si l'on anticipe l'augmentation inéluctable des prix énergétiques (hors crise conjoncturelle) ;
- pas de risque industriel ;
- une analyse du cycle de vie assez performante, notamment en terme de bilan CO² (bien plus favorable que le photovoltaïque) ;
- pour le France, des régimes de vent variés (vent d’ouest au nord ouest, Mistral, Tramontane…), qui permettent une meilleure intégration dans le système électrique !
- un apport potentiel dans les périodes d'anticyclone froid (où l'énergie manque souvent), qui contrairement à une idée largement répandue, apporte assez souvent du vent.
Quels sont ses inconvénients (objectifs)?
- l'intermittence (la disponibilité de l'éolien en France tourne autour de 2300/2500 heures, soit environ un maximum de 30% du temps) ;
- Energie nécessairement utilisée en "fatale" (on ne peut pas choisir le moment où on produit, on prend que le vent souffle, même si la demande est faible !) ;
- le "mitage" du territoire, principal argument des opposants qui ont bien choisi leur terme pour faire peur !
- "l'émergence sonore", qui a conduit les pouvoirs publics à n'accepter les permis que si le mat est situé à plus de 450 m d'une habitation ;
- la difficulté de maintenance (accessibilité des rotors, turbines) ;
- les risques pour les oiseaux (migrateurs en particulier), qui ont notamment conduit les pouvoirs publics à déterminer des ZDE (Zone de Développement de l'Eolien) qui évitent les voies de passage de ces migrateurs (pas pour cette seule raison)…
Une fois ces notions objectives connues, reste à se mettre d'accord sur des bases bien plus complexes… et parfois subjectives :
- c'est beau ou c'est pas beau ? (OUI et NON !)
Pour ce qui me concerne, j'adore (mais je conçois tout à fait que l'on puisse être d'en avis différent !). Mais à ceux qui se transforment en Ayatolahs du mitage, je dis : quid des châteaux d'eau, des lignes hautes tensions, des silots à grain, des usines chimiques rouillées, des centres commerciaux, des aéro-réfrigérants géants, des barrages, des barres des 60' dans toutes les banlieues ?...
Donc, je vous laisse juge ! Mais dès lors que les études d'impact sont sérieuses, ce qui est le cas le plus souvent aujourd'hui, on peut optimiser l'implantation des mats pour respecter ou épouser au mieux les paysages !
C'est ruineux pour le contribuable ? (OUI et NON !)
L'éolien, comme le photovoltaïque et avant eux la cogénération, bénéficient d'un tarif d'achat imposé aux fournisseurs d'électricité (edf, GDF Suez..). Ce tarif d'achat est bien entendu bien supérieur aux coûts de production actuels. Ils constituent donc des subventions payées par le client (regarder sur vos factures la ligne CSPE -Contribution au Service Public de l'Electricité- c'est cela !).
Mais à mon sens il n'y a rien de choquant à ce que des secteurs émergents qui respectent mieux l'environnement soient subventionnés !
Pour autant, les détracteurs accusent : les subventions enrichissent des promoteurs privés qui bénéficient d'une aubaine durable de 20 ans (la durée garantie du tarif d'achat !). Ce n'est pas faux, et en même temps, le marché de l'éolien est assez concurrentiel aujourd'hui pour éviter les (gros) excès, qui seront toujours assez éloignés des pertes abyssales de ces dernières semaines (crise financière), même sur 20 ans !
Alors, que faudrait il faire ? (Trois bonnes questions…)
Tout simplement se poser les 3 bonnes questions tellement évidentes que les réponses restent, quand elles existent, confidentielles !
1/ Quelle est le seuil acceptable de puissance installée optimale en France (compte tenu du mix énergétique actuel) ? Dit autrement : à partir de quel niveau de puissance installée, pour respecter l'équilibre entre l'offre et la demande, faut-il substituer à l'éolien des énergies fossiles pour palier son intermittence ? Pour la France, les quelques experts qui se sont penchés sur cette question complexe (modélisation mathématique lourde indispensable) évalue à un maximum autour de 12 à 15 000 MW en France. Au-delà, le risque d’accroître les émissions de CO² est réel !
2/ Quel sera le coût sociétal d'un éolien qui atteint 5 000 MW, 10 000 MW, voire 20 000 MW ?
Les calculs sont simples à réaliser, pourquoi ne sont ils pas versés au débat ? L'Institut Montaigne, un think tank proche de la droite paraît-il, a récemment évoqué un coût annuel de 2 milliards d'€ par an à terme (2020 de mémoire ?).
Pourquoi les subventions ne sont pas conditionnées aux zones à fort gisement de vent ? Pourquoi ne sont elles pas "capées" dès l'atteinte d'une puissance installée pré-définie (en particulier pour le photovoltaïque) ? Pourquoi une nouvelle fois laisse-t-on à la génération suivante la charge de financer la dette de notre inconséquence ?
3/ Ne faudrait il pas mieux investir les sommes énormes engagées pour 20 ans (éolien, photovoltaïque) dans LES ECONOMIES D'ENERGIE ? Cette question là est absolument centrale et personne ne la soulève car aucun lobby organisé n'a encore réussi à porter ce message !
Et aussi parce que c'est bien plus "écologiquement correcte" de défendre des éoliennes ou du photovoltaïque que d'isoler des bâtiments ? Cette erreur collective est très grave en terme de développement durable !
Pour résumer :
- L'éolien est la meilleure des nouvelles énergies renouvelables (et de loin !). Les effets d'aubaine ne doivent pas permettre pour autant d'installer des éoliennes dans des zones peu ventées pour faire joli dans le bilan environnemental de telle ou telle collectivité locale ou tel ou tel lobby !
- Avant d'investir un Kopeck dans les ENR, il faudrait toujours regarder s'il ne serait pas plus productif dans les économies d'énergie, dont le bilan CO2 est nécessairement bien meilleur !
- Il faut déterminer les seuils maximums tolérables de « pénétration » de chaque ENR dans le système électrique français et européen (en regard des montants financiers à la charge de nos enfants et de l'impact global en matière d'environnement)





Commentaires
1. Le jeudi 12 février 2009 à 15:32, par jacquo
2. Le samedi 14 février 2009 à 10:17, par Philippe Mahou
3. Le lundi 16 février 2009 à 09:40, par JOJO
4. Le jeudi 26 février 2009 à 20:15, par marine
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